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Le sommaire
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Introduction

I) Première difficulté : dégager une définition objective de la notion de vertu
II) Question du Protagoras : la vertu est-elle une science ?
III) Pouvons-nous réellement parler d'un "enseignement" ?

Conclusion
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Résumé du document
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« C'est beau d'être vertueux, mais apprendre aux autres à l'être, c'est encore plus beau et tellement plus facile ! » C'est par cette formule cinglante que Mark Twain met en relief à la fois la difficulté pour l'Homme à être vertueux et sa prétention à enseigner la vertu aux autres malgré ce défaut. Or, il semble que seul un mathématicien soit en mesure d'enseigner les mathématiques ; que seul un musicien soit en mesure d'enseigner la musique. Alors Protagoras, Hippias, et avec eux les sophistes, qui prétendent enseigner la vertu, sont-ils des hommes vertueux, virtuosi (du latin virtus : qualités qui font la valeur de l'homme moral) ? Savent-ils en quoi elle consiste précisément ? Est-il possible d'enseigner la vertu (du latin insignire : désigner, signaler), c'est-à-dire d'instruire quelqu'un en matière de vertu ? En d'autres termes, la vertu est-elle une discipline, une science ? Et si elle en est une, qui est en mesure de l'enseigner ? La question de la possibilité de l'enseignement de la vertu pose différentes difficultés qu'il s'agit d'analyser. Avant tout, et c'est la première difficulté que soulève Socrate dans le Ménon, il s'agit de savoir ce qu'est la vertu. En effet, comment est-il possible d'enseigner la vertu s'il est difficile d'en dégager une définition objective. La seconde difficulté, que Socrate soulève dans le Protagoras et dans le Ménon, est celle de savoir si la vertu est une science, au quel cas elle pourrait effectivement être enseignée. La troisième et dernière question que nous aborderons est celle de savoir si nous pouvons réellement parler d' « enseignement » en ce qui concerne la vertu.

La définition que donne Aristote de la vertu est finalement la suivante : « la vertu est une médiété ». Elle est un juste-milieu entre le trop et le trop peu, « entre l'excès et le défaut », pour reprendre la terminologie de l'auteur. La vertu est une médiété, un juste-milieu, un équilibre à atteindre, qui porte la chose à sa perfection. Et pour Aristote, il existe deux sortes de vertu : les vertus intellectuelles, perfectionnant l'intelligence en vue de la contemplation, et qui sont soumises à la raison, et les vertus morales, perfectionnant le désir en vue de l'action, et qui possèdent et constituent la Raison. Dans ces dernières, l'auteur classe le courage, la tempérance, la générosité, la magnificence, la magnanimité, l'honneur, l'ambition, l'amabilité, la franchise et la pudeur.

Mais avant d'analyser la thèse socratique de la vertu-science, examinée dans le Ménon et dans le Protagoras, il s'agit de comprendre que la première condition favorable à l'enseignement de la vertu, et que Platon comme Aristote considèrent comme valide, est le fait que la vertu n'est pas innée. Pour qu'elle puisse être une connaissance, et qu'elle puisse, plus largement, être enseignée, il faut effectivement considérer que la vertu est extérieure à l'homme. Dans le Ménon, une fois la proposition conditionnelle « si la vertu est connaissance, elle s'enseigne » vérifiée, Socrate examine les conséquences. La première conséquence évoquée est celle selon laquelle la vertu, si elle s'enseigne, n'advient pas aux hommes par nature : « si les hommes bons devenaient bons par nature, il devait exister chez nous, j'imagine, des personnes qui reconnaîtraient parmi les jeunes gens, ceux dotés de bonnes natures () les bons ne deviennent pas bons par nature » (Platon, Ménon, 89-b, GF-Flammarion, p.179). ()

Extraits

[...] Par conséquent, on peut penser que la vertu se situe dans l’intention, non dans l’action comme le soutient Aristote. Dans ce cas, il semble difficile d’enseigner des intentions : la vertu est une disposition de l’âme, qui ne peut être enseignée, car on peut imaginer qu’un homme mauvais, lâche ou téméraire le sera toujours. Ce que l’on peut enseigner, ce sont des actes (par exemple le respect des lois), mais il semble impossible d’enseigner les intentions correspondantes (l’amour de ces lois). [...]


[...] Pour qu’elle puisse être une connaissance, et qu’elle puisse, plus largement, être enseignée, il faut effectivement considérer que la vertu est extérieure à l’homme. Dans le Ménon, une fois la proposition conditionnelle si la vertu est connaissance, elle s’enseigne vérifiée, Socrate examine les conséquences. La première conséquence évoquée est celle selon laquelle la vertu, si elle s’enseigne, n’advient pas aux hommes par nature : si les hommes bons devenaient bons par nature, il devait exister chez nous, j’imagine, des personnes qui reconnaîtraient parmi les jeunes gens, ceux dotés de bonnes natures ( ) les bons ne deviennent pas bons par nature (Platon, Ménon, 89-b, GF-Flammarion, p.179). [...]


[...] Kant présuppose donc que la vertu est une science, et qu’elle peut donc être enseignée. Cependant, la philosophie kantienne pose quelques difficultés, et en premier lieu, le fait que l’élève ne peut recevoir cette éducation que de la part d’autres hommes qui l’ont également reçue. Ainsi, le manque de discipline et d’instruction chez quelques hommes fait d’eux de très mauvais maîtres. Dans ce cas, pour que la vertu soit enseignée correctement, il faut que les professeurs de vertu soient eux-mêmes vertueux. [...]


[...] Dans ce cas, comment s’enseigne la vertu ? Est-elle toujours susceptible d’être un objet d’enseignement ? Dans le Ménon, c’est effectivement la question que soulève Socrate, et à laquelle Anytos répond que la vertu s’acquiert, selon lui, par la tradition par l’imitation des parents, par l’usage. C’est aussi la thèse que soutient Aristote dans l’Ethique à Nicomaque, dans laquelle Aristote emploie le terme habitude : c’est en pratiquant les actions justes que nous devenons justes (Aristote, Ethique à Nicomaque, II bibliothèque des textes philosophiques, p.89). [...]


[...] La vertu serait donc un don des dieux, et pourrait s’apparenter à ce que les Jésuites et les Jansénistes du XVIIe siècle appellent la grâce L’intervention divine est donc invoquée comme le moyen de concilier ce qui est acquis avec ce qui ne peut pas s’enseigner. Mais en réalité, Socrate se joue de Ménon en désignant la vertu par opinion vraie car comment pourrait-on savoir qu’une opinion est vraie c'est-à-dire conforme à la vérité, sans posséder la vérité, c'est-à-dire la science ? Nous le comprenons, mais Ménon se satisfait pourtant de la réponse. [...]


[...] De plus, la question de l’enseignement de la vertu peut uniquement exister si la vertu n’est pas une faculté innée. Ainsi que l’explique Socrate dans le Ménon, pour que la vertu puisse être enseignée, il eut fallu qu’elle soit une science. Et c’est ce qu’il propose d’examiner : il est probable qu’il nous faille examiner comment est une chose dont nous ne savons pas ce qu’elle est (Platon, Ménon, 86- GF-Flammarion, p.172). Chercher la qualité d’une chose avant de chercher son essence est une mauvaise façon de procéder à laquelle pourtant Socrate semble ici consentir : de quel genre doit être la vertu pour qu’elle puisse s’enseigner ou qu’elle ne le puisse pas ? [...]


[...] Or, il semble que seul un mathématicien soit en mesure d’enseigner les mathématiques ; que seul un musicien soit en mesure d’enseigner la musique. Alors Protagoras, Hippias, et avec eux les sophistes, qui prétendent enseigner la vertu, sont-ils des hommes vertueux, virtuosi (du latin virtus : qualités qui font la valeur de l’homme moral) ? Savent-ils en quoi elle consiste précisément ? Est-il possible d’enseigner la vertu (du latin insignire : désigner, signaler), c’est-à-dire d’instruire quelqu’un en matière de vertu ? [...]


[...] En effet, tout ce qui est bon est utile, non ? ( ) La vertu aussi, n’est-elle pas précisément chose utile ? (ibidem, 87-e, p.175). Une telle équivalence entre le bien et l’utile est fréquente dans les dialogues socratiques. Le sens d’ utile ici n’a cependant aucune visée altruiste, ou utilitariste ; l’utilité précise les conditions de réussite pour un individu, ou pour une action. En réalité, la vertu est utile parce qu’elle nous est avantageuse à nous-mêmes, non pas parce qu’elle nous rend utiles aux autres. [...]


[...] L’enseignement de la vertu est possible s’il ne se réduit pas à des dogmes ou des doctrines. Aristote conclut que cet enseignement s’apparente à la pratique, à l’habitude, à un développement intérieur ; il s’agit donc d’un enseignement qui ne peut venir de l’extérieur mais qui s’apparente à l’ascétisme moral de la Doctrine de la vertu : c’est intérieurement que la vertu s’acquiert. Nous l’avons vu, la question de l’enseignement de la vertu pose différents problèmes : avant tout, il semble difficile d’enseigner la vertu car nous ne possédons pas de définition efficace de la vertu. [...]


[...] C’est aussi cette conclusion que Schopenhauer met en avant dans le Monde comme volonté et comme représentation, ouvrage dans lequel il remet en cause la philosophie kantienne et dans lequel il considère que la vertu ne peut être enseignée : effet, la vertu résulte assurément de la connaissance ; seulement ce n’est pas de la connaissance abstraite, de celle qui se communique par des mots. Sans quoi la vertu pourrait s’enseigner. (Schopenhauer, le Monde comme volonté et comme représentation, P.U.F., p. 463-464). Dans cette citation, nous comprenons que Schopenhauer emploie le terme enseigner au sens scolaire du terme, au sens où les sophistes l’entendent. Ce n’est effectivement pas de manière scolaire que s’enseigne la vertu, puisqu’elle n’est pas une science. [...]

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Informations sur le doc

Date de publication
19/04/2013
Langue
français
Format
Word
Type
dissertation
Nombre de pages
13 pages
Niveau
grand public
Consulté
2 fois

Informations sur l'auteur Anaïs D. (étudiant)

Niveau
Grand public
Etude suivie
littérature
Ecole, université
Stendhal...
Note du document :
         
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