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Le sommaire
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Introduction

I) Les sociétés démocratiques risquent autant pour leur liberté à asservir l'individu au nom de la volonté générale qu'à donner libre cours à l'individualisme et aux comportements apathiques qui s'y attachent

A. La démocratie antique repose sur la participation de tous à la prise de décision politique et sur la subordination de l'individu à la cité ; elle a fourni "de funestes prétextes à plus d'un genre de tyrannie"
B. Inversement, la liberté des modernes, si elle conduit à la généralisation de comportements apathiques, risque de fragiliser la démocratie

II) On souhaite aujourd'hui revivifier la démocratie, et conduire les citoyens à faire pleinement usage de leur liberté en insistant sur son ancrage local, éloge de la proximité qui rappelle la difficulté à concevoir une démocratie qui ne soit pas de face-à-face

A. La démocratie, fragilisée par le déclin de la participation politique, tend aujourd'hui à se confondre avec la protection des droits fondamentaux
B. À défaut pour nos sociétés d'être "un peuple de dieux", seule une démocratie de face-à-face semble susceptible d'intéresser les citoyens à la conduite des affaires publiques, ce que tendrait à accréditer la promotion actuelle de la "proximité"

Conclusion
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Résumé du document
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"Il résulte de ce que je viens d'exposer, que nous ne pouvons plus jouir de la liberté des anciens, qui se composait de la participation active et constante au pouvoir collectif. Notre liberté à nous doit se composer de la jouissance paisible de l'indépendance privée." Benjamin Constant, dans cet extrait de son discours prononcé en 1819 à l'Athénée, intitulé De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, distingue deux conceptions de la liberté et de la démocratie : la première, celle des antiques, se caractérise par la participation directe de tous à la vie politique, et exige du citoyen une implication quotidienne dans l'agora; la seconde, apanage des modernes, trouverait son fondement dans la sauvegarde de la liberté individuelle.

Encore marqué par le souvenir de la Terreur, le coeur du propos de Benjamin Constant est de mettre en garde ses contemporains contre la tentation d'imiter le modèle démocratique de l'Antiquité. Les hommes de la Révolution, frottés d'humanités gréco-latines, tout imprégnés de leur Plutarque, de ses grands hommes, et de ses mâles vertus républicaines, avaient bien souvent tenté de reproduire les schémas athéniens, spartiates, ou de la Rome de Cincinnatus, en faisant peu de cas des droits de l'individu que la volonté générale pouvait légitimement asservir au nom du bien commun.

Or la liberté des hommes de cette époque, comme le montre Constant, est très différente de celle que réclament les individus du XIXe siècle. D'une part parce que le modèle démocratique de la cité antique est indissociable d'un contexte historique singulier. D'autre part parce que les sociétés d'alors étaient holistes, c'est-à-dire que la communauté politique s'imposait parfois brutalement aux citoyens, servitudes d'un autre âge qui conviennent mal à l'individu né de la Révolution, attaché à son indépendance et au respect de ses droits. Imiter la démocratie du siècle de Périclès, renouer avec cet âge d'or, serait donc anachronique. L'individu moderne, happé par ses affaires privées, soucieux avant tout que le pouvoir ne porte pas atteinte à ses libertés, est parfois un piètre citoyen. Or, paradoxalement, même si les mécanismes démocratiques protègent efficacement ses droits inaliénables, c'est-à-dire si le pouvoir est soumis au principe de légalité et que l'État de droit met l'individu à l'abri des abus des autorités publiques, la démocratie, faute de citoyens actifs exerçant leur devoir de vigilance sur les représentants qu'ils choisissent et employant leur droit de suffrage, risque de perdre de sa substance et le peuple de voir sa souveraineté confisquée par les professionnels de la politique. Pire encore, une démocratie reposant sur des individus devenus apathiques et ayant déserté l'agora serait fragilisée. Sans contrepoids démocratique, le pouvoir risque, comme le montre Tocqueville, d'étendre son empire et d'empiéter chaque jour davantage sur l'autonomie des individus. Les despotismes modernes sont doux et bienveillants. Au total, la liberté est autant menacée par les excès d'une démocratie antique où la volonté de la majorité justifierait que l'individu soit oppressé par la collectivité, que par une démocratie des modernes désertée par les citoyens.

La volonté d'inciter les individus à prendre part à la discussion publique, sans renoncer à la liberté des modernes, c'est-à-dire à l'État de droit, et sans renouer avec la cité holiste, se traduit par l'apologie de la proximité, leitmotiv qui tend à démontrer qu'en définitive, les citoyens ne seraient personnellement et concrètement intéressés aux affaires publiques que s'ils perçoivent le lien entre l'intérêt de tous, et leur intérêt propre. Il n'existerait donc de démocratie que de face-à-face. (...)

Extraits

[...] L'individualisme conduit, selon Tocqueville, à la généralisation des comportements apathiques au sein du corps social : L'individualisme est un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s'isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l'écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s'être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à ellemême. Or il semble bien que ce phénomène touche la plupart des régimes démocratiques contemporains. [...]


[...] La nécessité dans nos sociétés immenses de recourir à la démocratie représentative, la primauté accordée à l'individualisme, les effets pervers de l'action collective introduisent entre la démocratie fantasmée des anciens et le fonctionnement des régimes politiques contemporains une césure, une distance, qui n'est finalement que celle de la mélancolie de la démocratie moderne et de l'idéal fantasmé de la démocratie antique. Cette nostalgie n'est pas en soi décourageante, pour peu que l'on s'efforce de se rapprocher de la démocratie parfaite, décrite en ces termes par Tocqueville : On peut imaginer un point extrême Où la liberté et l'égalité se touchent et se confondent. Je suppose que tous les citoyens concourent au gouvernement et que 28 Dissertation de Culture générale : Démocratie des anciens et démocratie des modernes chacun ait un droit égal d'y concourir. [...]


[...] Comme le note Plutarque dans la notice qu'il consacre au législateur Solon, le citoyen, s'il était libre de s'exprimer, ne pouvait pas se désolidariser de ses semblables et s'isoler de la cité en refusant de participer au débat public: Parmi les autres lois, il en est une tout à fait particulière et étonnante : celle qui prive de ses droits le citoyen qui, en cas de guerre civile, ne s'est engagé dans aucun des deux camps. Apparemment, cette loi veut empêcher les gens de rester insensibles et indifférents à la vie publique, de mettre leurs affaires à l'abri, en tirant vanité de ne pas partager les souffrances et les maux de la patrie. La défaite de Chéronée acte de décès de la démocratie attique, est d'ailleurs interprétée par Démosthène comme la sanction logique du désengagement civique des Athéniens. [...]


[...] Dissertation de Culture générale : Démocratie des anciens et démocratie des modernes Démocratie des anciens et démocratie des modernes Introduction I. Les sociétés démocratiques risquent autant pour leur liberté à asservir l'individu au nom de la volonté générale qu'à donner libre cours à l'individualisme et aux comportements apathiques qui s'y attachent. A. La démocratie antique repose sur la participation de tous à la prise de décision politique et sur la subordination de l'individu à la cité; elle a fourni de funestes prétextes à plus d'un genre de tyrannie B. [...]


[...] Ainsi, chez les anciens, l’individu, souverain presque habituellement dans les affaires publiques, est esclave dans tous les rapports privés Le citoyen prend véritablement part a la décision politique, mais en contrepartie, il reste soumis à la collectivité souveraine et transcendante : Comme citoyen, il decide de la paix et de la guerre ; comme particulier, il est circonscrit, observé, réprimé dans tous ses mouvements ; comme portion du corps collectif, il interroge, destitue, condamne, dépouille, exile, frappe de mort ses magistrats ou ses supérieurs ; comme soumis au corps collectif, il peut à son tour être privé de son état, dépouille de ses dignités, banni, mis a mort, par la volonté discrétionnaire de l’ensemble dont il fait partie. Il faut toutefois prendre garde à ne pas sous-estimer la liberté de ton des anciens. L'idéal de la démocratie grecque est probablement plus respectueux de la liberté individuelle que Constant ne tend à le faire croire. [...]


[...] Nul ne différant alors de ses semblables, personne ne pourra exercer un pouvoir tyrannique; les hommes seront parfaitement libres, parce qu'ils seront tous entièrement égaux ; et ils seront tous parfaitement égaux parce qu'ils seront entièrement libres. C'est vers cet idéal que tendent les peuples démocratiques. [...]


[...] Elle se voit frappée par un mouvement de désertion civique que l'abstention électorale et le rejet du personnel politique en place sont loin de suffire à mesurer. [ . ] Est-ce à dire que la démocratie ne vivait en réalité que de sa contestation et que, dépourvue désormais d’adversaires, elle est rentrée dans une torpeur finale où il ne sera plus guère question que de la gestion réactive, au jour le jour, d’une histoire subie. Il convient également de mentionner, pour expliquer le sentiment de malaise diffus qui entoure la démocratie et la vie publique, qu’un grand discrédit a été jeté, en particulier depuis l’étiolement des idéologies, sur la capacité de la société à agir sur elle-même, c’est-à-dire sur le pouvoir réel du volontarisme politique, et sur la capacité des gouvernements à répondre pleinement aux préoccupations des citoyens. [...]


[...] D'où le paradoxe suivant: Les grands groupes peuvent rester inorganisés et ne jamais passer à l'action, même si un consensus sur les objectifs et les moyens existe. D'une certaine manière, le comportement des citoyens modernes semble, en partie, déterminé par le paradoxe d'Oison. Chacun a intérêt à ce que les citoyens participent à la vie démocratique, mais peut être tenté d'en retirer les bénéfices sans s'impliquer à titre individuel. Constant note, en outre, que le travail était confié aux esclaves. [...]


[...] Il n'existerait donc de démocratie que de face-à-face Dissertation de Culture générale : Démocratie des anciens et démocratie des modernes I. Les sociétés démocratiques risquent autant pour leur liberté à asservir l'individu au nom de la volonté générale qu'à donner libre cours à l'individualisme et aux comportements apathiques qui s'y attachent. A. La démocratie antique repose sur la participation de tous à la prise de décision politique et sur la subordination de l'individu à la cité; elle a fourni de funestes prétextes à plus d'un genre de tyrannie La démocratie antique a pu prospérer dans un contexte historique singulier, et les modernes doivent se garder d'appliquer aux sociétés contemporaines les principes de cette époque Dans son discours prononcé en 1819 à l’Athénée, Benjamin Constant rappelle que la liberté des Anciens n'a été rendue possible que par la combinaison de plusieurs phénomènes historiques. [...]


[...] C'est pourquoi, tout au long du XIXe siècle, la théorie de la souveraineté nationale est préférée à celle de la souveraineté populaire. Elle apparaît en effet beaucoup moins menaçante. La Nation, entité abstraite à laquelle est confiée la souveraineté, délègue ce pouvoir aux électeurs, qui n'exercent donc qu'une fonction, et non un droit comme dans la théorie de la souveraineté populaire. C'est la raison pour laquelle la souveraineté nationale s'adapte idéalement aux régimes représentatifs et s'accommode des suffrages restreints, censitaires, sans interdire son universalisation. [...]

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Informations sur le doc

Date de publication
03/02/2011
Langue
français
Format
pdf
Type
dissertation
Nombre de pages
26 pages
Niveau
grand public

Informations sur l'auteur Stéphane C. (étudiant)

Niveau
Grand public
Etude suivie
sciences...
Ecole, université
Sciences Po
Note du document :
         
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Démocratie des anciens et démocratie des modernes

«"Il résulte de ce que je viens d'exposer, que nous ne pouvons plus jouir de la liberté des anciens, qui se composait de la participation active et constante au pouvoir collectif. Notre liberté à nous doit se composer de la...»

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